Interview : Thomas Ferrier, secrétaire général du PSUNE.

Nous avons lu dans ton forum d'intéressants articles concernant le paganisme européen et les traditions indo-européennes, deux sujets qui nous tiennent évidemment à coeur. Pourrais-tu nous présenter un peu le parti politique que tu as fondé il y a quelques temps ?



Le parti politique dont je suis l’initiateur et le secrétaire général est le P.S.U.N.E (Parti Socialiste Unitaire National-Européen) qui a pour ambition la construction d’un véritable état-nation unitaire « Europe » se substituant aux anciens états et entend défendre puis conforter les acquis sociaux des travailleurs européens ainsi que mettre en place un véritable service public européen, c’est en ce sens que nous sommes socialistes. Nous sommes enfin attachés à la préservation de l’européanité de l’Europe ainsi qu’à celle des diverses identités la composant.
Concernant le fait religieux, qui nous concerne davantage ici, notre mouvement est favorable à la reconnaissance du triple héritage spirituel européen, païen/antique, chrétien et humaniste (tel qu’incarné par la Renaissance), et donc il est bien évidemment favorable à la reconnaissance juridique du paganisme européen contemporain, au même titre que le christianisme.


Quels sont les rapports de ce parti avec le paganisme ? Quelles sont les valeurs païennes que vous cherchez à défendre ?



Nous sommes bien évidemment attachés, comme je l’ai expliqué précédemment, à l’ensemble de la culture européenne, et en particulier à ses racines les plus profondes, et le paganisme est la plus enracinée et la plus européenne des religions implantés sur notre continent. Ainsi, il faut reconnaître qu’au sein de notre jeune mouvement, les Européens de sensibilité païenne sont nombreux et naturellement européanistes, comme je peux l’être de mon côté.

Le paganisme européen ancestral, dans ses diverses formes d’expression, a d’un point de vue culturel et artistique un rôle majeur au sein de notre civilisation ; il suffit de penser à l’art néo-classique en architecture et en sculpture, ou aux courants parnassiens et romantiques en poésie. Le paganisme est aussi une religion d’hommes libres, les dieux n’étant pas des seigneurs sourcilleux mais davantage des protecteurs, des compagnons de fortune comme d’infortune, des amis, malgré le fait qu’ils ne sont pas de la même nature que nous, puisque immortels et d’une sagesse interdite aux éphémères que nous sommes. Le paganisme a également toujours défendu les valeurs héroïques que sont la bravoure (virtus), l’honneur (honos), le respect de la parole donnée (fides) et l’amour de la vérité (ueritas), valeurs plus qu’indispensables à l’Europe-Puissance de demain. Enfin, et ce n’est pas la moindre chose, le paganisme est la religion écologiste par excellence, puisque la nature n’est que l’expression du visage maternel et aimant de la Terre-Mère (Iörd/Erda en terre germanique). Les dieux nous ont confiés la charge de veiller sur Midgardhr mais certains ont malheureusement préféré l’or à l’amour de la terre. C’est la fameuse malédiction de l’or des Nibelungen qui pervertit l’âme de celui qui s’en empare et le conduit au trépas.


Y-a-t-il une forte représentation païenne au sein de votre parti ? Quels sont les paganismes européens représentés par votre mouvement ?


Le mouvement n’est pas confessionnel et il abrite aussi bien des païens que des chrétiens ou des athées, mais il est exact que beaucoup de païens se reconnaissent dans notre action pour la création de la Grande Europe politique, ce beau rêve auquel nous aspirons. Ils savent aussi que nous avons leurs intérêts à cœur et que pour nous la reconnaissance du paganisme européen à égalité de traitement avec le christianisme européen n’est pas que des mots.

Notre démarche de respect des spiritualités indigènes de l’Europe implique que nous ne hiérarchisions certainement pas les diverses paganismes. Ainsi nous les défendons tous avec le même courage et le même respect, que celui-ci soit hellénique, italique, celte, germanique, slave ou même celui de peuples moins connus comme le peuple basque, l’albanais, l’arménien ou le tchétchène. Je rêve personnellement d’une « Eglise » païenne où les prêtres des diverses fois polythéistes se retrouveraient.


Quel paganisme européen en particulier affectionnes-tu le plus ?


Personnellement, j’affectionne particulièrement celui qui est mon objet d’étude et de recherche à savoir la religio romana, fondée sur le culte notamment de Jupiter et de Mars, parmi une multiplicité de dieux et de déesses. Bien que je sois passionné par le paganisme européen pris dans son ensemble, l’esprit romain me séduit le plus, puisqu’il a su récupérer et si brillamment le meilleur de la Grèce classique - son statuaire, son architecture, sa culture, sa mythologie, en le fusionnant avec les valeurs traditionnelles d’un peuple de soldats-paysans, celles de Brutus l’ancien chassant les rois étrusques, celles de Camille et de Cincinnatus, et avec son droit, incarné par la Loi des Douze Tables, tables qui ne sont pas nées dans le lointain Sinaï comme celles de Moïse, mais dans les champs de blé du Latium.


Quel a été ton parcours culturel et religieux pour en arriver à ce mouvement et aux idées que tu défends ?


Je pense avoir toujours été païen mais jusqu’à l’âge de treize ans, cela demeurait de l’ordre de l’inconscient, malgré la passion que j’avais déjà pour la Grèce antique et pour sa mythologie. C’est lors de ma première leçon de grec en quatrième que je suis tombé sur une magnifique statue de Zeus Olympien lançant la foudre et c’est ainsi que je sus que j’étais un polythéiste européen. Je me souviens même du texte, que l’on pourrait traduire par : « Zeus est un très grand dieu, le meilleur et le plus puissant. » Par la suite, après d’innombrables lectures, parmi lesquels les œuvres d’Homère et de Virgile ou encore l’Edda scandinave, j’ai assumé totalement ma paganité, même si je déplore que la pratique de cette religion éternelle soit difficile au sein de la société contemporaine et je suis très insatisfait en général des tentatives de pratiquer le paganisme aujourd’hui, en l’absence d’une reconnaissance explicite de l’Etat. Je dois avouer également que j’ai lu énormément d’ouvrages historiques sur la question, que je me suis plongé avec délices dans les œuvres complètes de Georges Dumézil et de quelques autres, et que je me suis spécialisé en histoire religieuse, mais uniquement celle de l’Europe païenne. Cela explique sans doute pourquoi j’ai eu envie de rédiger un certain nombre d’articles sur ce sujet, articles que vous avez eu la bienveillance de poster également sur votre forum.



Que penses-tu de notre association et de ses buts ?


Je pense que tout ce qui va dans le sens d’une plus grande connaissance du paganisme auprès de nos compatriotes européens est positif. Voilà une chose formidable que permet internet et que ne permettent pas, ou pas assez, les media plus traditionnels. J’apprécie donc votre travail, même si je ne peux que m’y associer de manière détournée, par le biais de mes articles. Je pense cependant que la valorisation indispensable de nos vieux paganismes n’a nulle besoin de se définir par opposition aux religions chrétiennes, les lumières du paganisme sont si naturellement supérieures qu’elles ne peuvent qu’éblouir à nouveau les Européens dans leur ensemble, pour peu que le paganisme soit présenté tel qu’il est, sans provocateurs, avec sagesse et dignité, et l’un des plus grands mérites de votre association est justement son intelligence.



Es-tu pour un certain retour du paganisme en Europe ?


Le retour du paganisme est déjà une réalité et je ne peux que m’en féliciter. J’ignore ce que sera l’avenir, je ne suis ni ovate ni haruspice, mais je ne doute pas que la Grande Europe de demain se sera réconciliée avec sa plus longue mémoire et donc avec sa plus ancienne spiritualité.


Comment penses-tu présenter tes valeurs à la grande masse des gens qui ne se reconnaissent pas (ou pas encore) dans des valeurs parfois empreintes de paganisme?


Par l’exemple. Chaque euro-païen moderne doit, par sa probité et son intelligence, être le meilleur véhicule du paganisme, afin que le plus grand nombre puisse constater que le paganisme est une religion parfaitement saine et méritante, que nous ne cachons pas de noirs desseins, et qu’il nous conduit à l’amour de la vertu et au dévouement pour notre peuple (l’européen). Soyons donc des kaloi k’agathoi, des « honnêtes hommes » au sens antique du terme, et des modèles pour nos concitoyens. Ainsi le paganisme renaîtra de ses cendres plus resplendissant que jamais et le mot de la Pythie, « Apollon reviendra et cette fois ce sera pour toujours », aura bien été une juste prophétie.


Thomas Ferrier, secrétaire général du PSUNE.

 

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