Carnets de Guthrif l'Ancien

 

Introduction :

Avant de commencer tout apprentissage, il est impératif pour toi d'avoir pris connaissance de l'Edda et des exploits de nos dieux. Mais ne vénères pas ces textes, car ils ne sont que métaphores et symboles. Vénères en revanche les valeurs que ces derniers véhiculent, car celles-ci sont vraies et immortelles.

Pour que la sagesse des dieux et déesses imprègne ton cœur, il est nécessaire pour toi de bien saisir la nature de ceux-ci. Les dieux ne sont que les créations de puissances bien supérieures dépassant notre entendement, ils sont immortels et impassible, n'ont pas de forme, ni de substance, et sont présents en toutes choses de l'univers. Les dieux sont les forces qui régissent notre monde et en assurent la survie. De ce fait, ils sont capables de grandes et merveilleuses choses, et alors qu'ils n'ont pas de substance, ils possèdent la science de celle-ci et peuvent en user à leur guise, pouvant ainsi prendre forme humaine, animale, végétale ou minérale. Les dieux, pourtant impassibles au début de toute chose, comme il est dit plus haut, sont cependant capables de sentiments, les ayant appris chez les humains. Ils peuvent en effet penser à la manière des hommes, mais aussi des animaux, des végétaux et des minéraux, selon leur interlocuteur, selon leur dessein, et selon la situation. Une divinité est à la fois une et multiple, elle peut prendre la forme d'un animal alors qu'au moment même elle conserve son impassibilité incorporelle. Les dieux peuvent ainsi prêter attention à plusieurs êtres à la fois et agir en plusieurs lieux au même moment. Toutefois, les dieux n'apparaissent guère aux hommes en affichant ouvertement leur nature divine. Ils préfèrent rester discrets, entrer en contact par l'esprit plutôt que par la matière, et le plus souvent de manière détournée. La raison en est que nos dieux ne considèrent pas les miracles comme étant monnaie de la foi. Un individu croyant sans jamais avoir vu de divinité de ses propres yeux n'est que plus méritant comparé à celui qui possède la foi uniquement parce qu'il a eu la preuve concrète de sa réalité. De plus, les miracles vont souvent à l'encontre de l'équilibre établi, ce qui explique pourquoi nos divinités n'en usent et n'en abusent guère.

Tu dois aussi savoir que notre culte consacre une place très importante aux symboles, lesquels possèdent des vertus magiques et spirituelles considérablement grandes. Les runes sont les symboles les plus puissants, mais aussi les plus dangereux, et il ne faut en user qu'avec foi et certitude. L'apprentissage des runes est long, et il ne tient qu'à toi de le suivre ou non. Mais si l'étude de la portée magique des runes n'est pas nécessaire, celle des autres symboles l'est absolument. Valknut, roues solaires, cœur de hrungnir et autres motifs anciens possèdent de grands pouvoirs qu'il n'est pas bon pour une prêtresse de négliger. Ces symboles seront étudiés dans le présent ouvrage, mais il faut savoir que leur application est parfois personnelle et peu donc varier d'un individu à l'autre. C'est pour cette raison qu'il existe des variantes à ces symboles, et seule ton expérience pourra t'indiquer laquelle user à ton plus grand bénéfice. Les dieux et les esprits apprécient grandement les symboles qui font appel à eux ou à leurs pouvoirs, et celui qui les utilise, grave, peint ou autre sera toujours plus proche de ces êtres supérieurs que celui qui les néglige. N'oublies pas cela, et saches également que si un jour tu as besoin de leur pouvoir, tu pourras les tracer, et cela quel que soit l'endroit où tu te trouves car tu dois être capable de les inscrire aussi bien dans la pierre que dans l'air, la terre, ou même ton esprit.

Certains actes ont également des portées magiques, et cela explique la codification plus ou moins importante de certains rituels et cérémonies. Tout te sera expliqué dans ce livre, mais il va de soi que, comme pour les symboles, certaines personnes devront adapter ces actes à leur manière, car aucun individu n'est pareil à son frère.

Les objets quotidiens liés au culte  :

Il existe certaines règles, à propos de ce que l'on doit porter sur sois ou pas, qu'il est bon de connaître ; je vais tenter de te les énumérer ici et de t'en expliquer l'origine. Peut-être seras-tu en désaccord avec ces règles, c'est ton droit, mais j'aimerais que tu essayes de les respecter au maximum, car elles font partie de ce grand ensemble de gestes qui mènent à l'équilibre que tout païen respectable cherche à atteindre.

Les Bijoux – Métaux et Pierres :

Il existe des bijoux de toutes sortes et de toutes matières, mais il en est une que tu devras t'interdire absolument : c'est le plastique. Cette vile matière ne possède aucune place dans l'ornementation du corps, et en faire anneaux, boucles d'oreilles ou autre est une abomination des temps présents. Il existe bien assez de matières nobles pour que tu en trouves une à ton goût, et si tu trouves ces matières trop chères, sache que l'achat d'un bijoux est un investissement important ; chaque anneau, broche, bracelet ou autre dégage une certaine énergie en fonction de sa matière, de sa forme et de son assignation - s'il y a lieu - à un dieu, déesse, esprit ou ancêtre. Voici à quoi correspondent les principaux métaux utilisés en bijouterie :

Le bronze : c'est le premier des métaux nobles, et c'est aussi le seul à s'oxyder et changer de couleur en vieillissant. Le bronze est donc associé au temps qui passe, à la vie et plus particulièrement celle de l'être humain. C'est un métal particulièrement facile à obtenir, abondant à travers l'histoire ; il est souvent associé aux Vanes, bien qu'il ne leur soit pas uniquement réservé. Le bronze est un élément tellurique lié à la famille, l'amitié et la camaraderie. Mais on l'associe aussi à la force brute – et donc à l'aspect guerrier de l'homme – ainsi qu'à la fertilité/fécondité. C'est pour cette raison qu'il est de bon usage d'enterrer autant de pièces de bronze que l'on désire avoir d'enfants sous la maison que l'on construit. C'est un métal idéal pour les broches et les pendentifs, les statues et les plaques ornementatives.

L'argent : de par sa couleur et son aspect, l'argent est lié à la lune, et donc aux marées que celle-ci engendre. C'est un élément que l'on peut qualifier de liquide, associé aux connaissances, à la poésie et à la magie. L'argent est le métal adjoint à Odin, mais aussi à Aegir, Ràn et, certaines fois, à Njord ou Freya. Il s'agit d'un métal très apprécié des marins, car celui-ci ne rouille pas, et il permettrait également d'apaiser la mer, d'où la tradition des matelots se faisant percer l'oreille d'un anneau d'argent avant de passer les colonnes d'Hercules (le détroit de Gibraltar). Mais sa capacité à ne pas rouiller l'associe également à la persistance (des traditions) et à la mémoire, d'où une matière prisée des Skaldes, des Godhis et des autres mages ou sorcières. Mais l'argent est aussi le métal de l'arrogance, et en porter trop sur sois peut, dans les cas les plus graves et s'il est mal utilisé, détériorer l'Hamingja familiale. L'argent est un métal que l'on porte occasionnellement, pour les rituels, pour apaiser la mer, ou pour réciter un poème.

L'or : c'est le plus noble, le plus rare et le plus beau des métaux. C'est le métal des Ases, celui dont sont couverts les toits de la Valholl, dont sont fait les cheveux de Sif, le marteau de Thor, l'anneau Draupnir et bien d'autres objets encore. Il est le symbole de la noblesse chez les hommes, mais plutôt la noblesse d'esprit que celle de sang. C'est sur les anneaux en or du mariage que les époux se jurent amour et fidélité, devant Tyr, le dieu des serments (qui a ensuite été remplacé par Frigg/Freya dans ce rôle). L'or est donc le métal des serments tenus, de la droiture et de la justice ; il s'agit d'un élément aérien, solaire, dont le lien en est rappelé par la couleur. Il peut également posséder un rôle dans certains rituels magiques et chamaniques, car il est lié à l'élévation de l'esprit, au travail de celui-ci et à la sagesse. On dit d'ailleurs que si les deux corbeau d'Odin avaient été de métal, Hugin aurait été d'or et Munin d'argent. On dit aussi que le sage portant de l'or devient encore plus sage, alors que le sot qui en possède en devient un peu plus cupide chaque jour.

En ce qui concerne les pierres et les cristaux, il en existe une multitude dont la symbolique est parfois fort complexe. Tu peux étudier cette symbolique si tel est ton choix, mais je ne pense pas que cela soit nécessaire dès le début de ton initiation. Saches seulement que ce ne sont pas forcément les pierres les plus onéreuse qui sont, pour le païen, les plus précieuses. L'Ambre, par exemple, est une des pierres les plus merveilleuses que les dieux aient bien daigné nous offrir ; celle-ci peut soigner de nombreux maux, protège contre les sorts et apaise l'esprit. Elle possède également une forte valeur symbolique liée à l'héritage et au passé, et il suffit d'observer les insectes et les plantes qui y furent piégés pour le comprendre. C'est sans doute pour cette raison que l'Ambre se marie très bien avec l'argent dont elle absorbe les énergies négatives, le rendant moins nocif pour l'esprit. Si je devais te donner un conseil à propos des bijoux, ce serait celui-ci : porte toujours au moins une pierre d'Ambre sur toi.

Si tu veux consacrer un bijoux à un dieu, une déesse, un esprit ou un ancêtre, tu devras tout d'abord le plonger dans de l'eau de lune, puis le disposer au centre de ton autel. N'oublies pas d'allumer ton encens afin de purifier l'air et d'éviter que le bijoux ne soit à nouveau souillé, auquel cas il serait certainement refusé par celui ou celle à qui tu comptes le dédier. Prends ensuite un petit marteau rituellique ou une baguette sculptée – comme celle que je t'ai offerte –, agite le deux fois en direction de chaque point cardinal, et une fois au dessus de l'objet, en prononçant de similaires paroles.
« Par le vent du Sud, du Nord, de l'Est et de l'Ouest, que cet objet soit désormais purifié de toute souillure. »
Ensuite, invoques l'entité concernée, comme pour une prière.
« Salut à toi, untel, je te consacre cet objet pour que tu l'emplisse de telle énergie/ou autre. »
Une fois la bénédiction achevée, remercies l'entité, et recommence le rituel du marteau :
« Par le vent du Sud, du Nord, de l'Est et de l'Ouest, cet objet est désormais verrouillé ! Que son pouvoir soit bénéfique à celui qui en connaît l'origine [du pouvoir] et le porte !»

Il faudra que tu portes sur toi, à chaque fois que tu quittes ton domaine, un objet consacré de la sorte à une entité. N'oublies pas que si tu consacres un objet à un landvaettir, il n'aura du pouvoir que jusqu'aux frontières du domaine sur lequel il réside (hormis quelques exceptions). Beaucoup de païen aiment à porter autour de leur cou un marteau consacré à Thor, mais il existe bien d'autres amulettes aussi puissantes, notamment des bractéates sur lesquelles il est possible de réunir plusieurs symboles et d'y graver des runes. Réfléchis bien à ce que tu attends de ton amulette avant de la consacrer, et ne demandes pas de miracle ; ceux-ci sont des mères engendreuses de chaos, et pour cette raison ils te seront refusés.
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Porter un symbole païen sur soi, que ce soit un bijoux consacré ou non, est primordial pour un païen. Affirmer son paganisme permet de vivre en accord avec les vertus fondamentales et permet également de développer favorablement sa hamingja familiale.

Les Objets Modernes :

Je te demanderai ici certaines choses qui pourront te paraître surprenantes, mais que j'aimerais bien que tu respectes. Tout d'abord, mon désir serait que tu ne portes de montre à aucun de tes poignets, en effet, je veux que ton esprit soit libéré de toute anxiété liée à cette oppressante angoisse du temps qui passe. Gardes-en une dans ta poche, si tu le souhaites, mais sers-t'en le moins possible. Je voudrais également que tu évites au maximum tout appareil électrique dont la diffusion d'ondes pourrait venir disperser les diverses énergies bénéfiques à ton esprit et à ton corps. Je ne parle bien entendu que des appareils que tu garderais en permanence sur toi, je ne te demande pas encore de t'éclairer chez toi à la bougie ou de laver ton linge dans la rivière, même si cela serait bien plus respectueux pour l'harmonie du monde.

L'autel et la prière :

Il n'est pas d'endroit pour prier, mais avoir un autel dédié aux divinités est préférable pour tout païen. Cet autel est un endroit à la fois sacré et personnel car celui qui le conçoit peut l'aménager à son bon vouloir et y ajouter autant de statues, d'objets et de symboles que son cœur le désire. Cependant il n'est pas toujours facile pour un jeune païen de constituer son autel, et je vais donc t'offrir ici quelques suggestions pour que tu réussisses le tien :

Sur ton autel, trace une roue solaire ou un autre symbole à quatre branches, tel un swastika. Ce dessin peut aussi bien être dessiné, que gravé ou encore brodé dans un tissu, le support important moins que la signification du symbole (que tu devras connaître) et à l'extrémité de chaque branche tu déposeras un pot, une assiette ou tout autre récipient d'argile, de bois ou de corne. Tu verseras de l'eau dans le premier pot, de la terre dans le second, rien dans le troisième et tu poseras une bougie dans le dernier. Cette bougie devra toujours être allumée lorsque tu prieras devant ton autel. Il existe d'autres variantes à cet agencement, et tu peux par exemple utiliser un symbole à trois branches en plaçant la bougie au centre des trois autres récipients, ou encore un symbole à huit branches en doublant le nombre de pots. Bref, les options sont nombreuses et c'est à toi d'en choisir une qui te correspond le mieux. Choisis avec une attention toute particulière le symbole qui te servira de socle pour les quatre éléments, car tu devras être en harmonie avec pour que la portée de tes prières soit plus grande. La terre doit être celle de ton clan et de tes landvaettirs, l'eau doit avoir été présentée aux rayons de la pleine lune une nuit entière avant d'être versée dans son récipient, et l'air devra être soufflé de ta bouche. Ainsi, ton autel représentera les quatre éléments, le soleil et la lune, ton clan et toi-même. Il est bon également d'avoir un Valknut à son autel, mais c'est à toi de choisir où tu le placeras et quelle en sera la matière. Autour de ce que nous venons de voir, tu pourras disposer des statues de dieux dans l'ordre que tu désires, mais celui-ci devra être réfléchi. N'oublies pas non plus de garder un emplacement ou deux pour y placer de l'encens ou un brûle parfum, nécessaire afin de te purifier l'esprit.

Un païen ne s'agenouille pas pour prier, car nos dieux ne s'intéressent qu'aux hommes et femmes capables de se tenir droit, tel le frêne Yggdrasill. Tu te rendras vite compte qu'il est très tentant pour quiconque s'exerçant à la prière de se mettre à genoux et de faire mille et une requêtes aux dieux en échange de sa soumission. Tu devras résister à cette tentation, car les dieux n'aiment pas les Hommes soumis. Ils apprécieront en revanche les sincères liens d'amitiés et de respect que tu pourras leur offrir. Au cours de ton chemin, tu pourras décider, si tel est ton souhait, de dédier ta vie à une ou plusieurs divinités particulières, mais en aucun cas il ne s'agira de soumission. Il en est de même pour les rapports entre le chef d'un clan et ses sujets : ceux-ci lui doivent respect et fidélité, mais jamais il ne sera question de soumission. Si j'insiste sur ce point, c'est parce qu'il est d'une importance majeure, et qu'il différencie notre religion de nombreuses autres. Mais revenons à la prière. Lorsque tu voudras prier, approches-toi de ton autel et allume bougies et bâtons d'encens ; avec tes mains, essaye d' « attraper » l'énergie dégagée par la flamme et porte là jusqu'à ton visage, tu devras sentir cette énergie caresser la peau de ton visage. Fais de même ensuite avec la fumée d'encens que tu porteras à ta chevelure ; recommence plusieurs fois jusqu'à en imprégner complètement tes cheveux. Tu peux répéter ces deux gestes autant de fois que tu le veux dans la journée, sans forcément prier après ; ils permettront à ton esprit de se purifier. N'oublie pas de chasser toute mauvaise pensée de ton esprit en ces courts instants, et de te concentrer sur les énergies de ton autel. Pour prier, place les bras en croix sur ta poitrine, poings fermés ou ouverts, ou bien garde les bras levés, les mains à hauteur du visage, paumes tournées vers l'intérieur. A toi de choisir la posture dans laquelle tu te sens le plus à l'aise. Une fois que ton esprit sera libre, tu devras commencer ta prière par une phrase d'invocation, que tu conserveras par la suite pour chaque autre prière (mais rien ne t'empêche d'en changer si un jour elle ne te plaît plus). En voici un exemple :

Vénérables Ases et Puissants Vanes, moi, Gutrif Olaff Guthrifson, fils de Guthrif, du clan [Arbogast je crois], Prêtre de Bragi et ennemis des géants, j'invite tel dieu/esprit/ancêtre à moi, par la grâce d'Yggdrasill !

Le suite de la prière peut se poursuivre à voix haute, mais elle se fait généralement de manière mentale. La prière est toujours un échange, jamais une requête. Si tu offres quelque chose à un dieu, il te le rendra d'une autre manière, si tu demandes quelque chose, alors il te demandera quelque chose, et cela dans le souci de ne pas rompre l'équilibre universel fragile. Lors d'une prière, la divinité invoquée pénètre l'esprit de celui qui l'a appelée. Tu dois donc parler avec le dieu, et tu dois entendre sa voix à travers toi-même. Si tu n'es pas assez concentrée, ton esprit déformera les paroles du dieu et tu les confondras avec ta propre imagination. Une fois la prière terminée, tu peux remercier la divinité à voix haute, ou bien la congédier de manière muette. Une prière peut s'adresser à un dieu ou une déesse, un ancêtre ou un esprit : le rituel est le même.

Les Vêtements :

Je ne comptes pas ici t'indiquer comment te vêtir pour aller au marché où à la mairie, mais plutôt de t'offrir quelques renseignement sur les tenues portées en rituels. Bien entendu, de nombreux païens conservent leurs habits contemporains pour présider ou assister à une cérémonie, mais comme mon désir est de t'inculquer l'amour des belles choses, chaque rituel que j'opérerai avec toi sera fait en costume, c'est-à-dire en tunique. La tunique est un vêtement qui existe depuis la nuit des temps, et elle existe encore de nos jours dans certaines contrées. Je pense donc que c'est l'habit idéal pour une cérémonie païenne. Le lin et la laine, ainsi que tout autres étoffes naturelles, seront bien indiqués pour la réalisation de ce costume. Si tu peux en faire la teinture toi-même, tant mieux. Mais si tu ne le peux pas, cela n'a guère d'importance. En revanches, il est important de savoir qu'en fonction du dieu que tu sers, ou du type de cérémonies que tu présides, certaines couleurs seront mieux adaptées que d'autres. Voici la liste des différentes couleurs et de leurs significations, qui peuvent aussi bien s'appliquer aux vêtements qu'aux talismans ou autres :

Le rouge est une couleur liée directement à la guerre, elle incarne le sang répandu sur le champ de bataille, la colère et la violence. Mais c'est également une couleur associée aux serments durant lesquels les sangs étaient liés par la pression de deux entailles l'une contre l'autre, ou versés et mélangés dans un breuvage qui devait ensuite être bu par les individus se prêtant serment. Dans une certaine mesure, le rouge peut donc être associée à Tyr, mais il est bien plus communément affilié au dieu Thor, en rapport à sa force brute et meurtrière. Les représentations modernes de l'Ase figurent de ce fait, le plus souvent, sa cape ou sa tunique en rouge, mais plus anciennement déjà cette couleur lui était adjointe à travers la couleur de sa barbe. Le rouge est également une couleur à mettre en association avec le sang dont sont baignés les nourrissons à la naissance ; la couleur obtient dès lors une dimension plus profonde, liée désormais à la vie et à la création. La force de Thor affiliée à cette couleur n'est donc pas une force brute et gratuite, mais, au contraire, une force nécessaire et créatrice, participant à la constitution de l'équilibre universel. La brutalité, et la souffrance que celle-ci engendre, sont nécessaires à toute création, et il n'est pas de meilleur exemple pour illustrer cette idée que le meurtre d'Ymir. Le rouge est la couleur des guerriers, des poètes et des assermentés : les premiers, à travers le chaos et la violence des combats, forgent la stabilité des états, l'avenir des lignées et plus généralement l'histoire ; les seconds, à partir d'un bouillonnement désordonné de mots et d'idées, parviennent à créer une harmonie musicale à l'image de notre univers ; et les derniers traduisent la souffrance symbolique de leur acte en une union sacrée, source d'équilibre.

Le bleu est communément associé au dieu Odin, lequel possède un manteau de cette couleur, mais il s'agit également de la couleur de la mer dont il serait impensable de n'y voir de rapport. Tout d'abord, le bleu représente ce qui est caché, mystérieux ; que ce soient les desseins du dieu borgne, les profondeurs de l'océan ou encore les hauteurs éthérées des cieux. Le bleu est de ce fait lié à la magie, à la mort et au destin. Ensuite, les marées étant régulées par les différentes phases de la lune, l'astre d'argent ne peut qu'être intimement lié à cette couleur. Mais si la mer peut paraître calme et douce, elle peut aussi s'avérer traître, furieuse et meurtrière, ce qui la rapproche une fois de plus avec le père des Ases. Enfin, chaque mois, sous l'influence une fois encore de la lune, ont lieu les grandes marées ; ce cycle régulier des marées est à mettre en parallèle avec les flux menstruels féminins. Ce parallèle peut certainement paraître exagéré, mais il fut néanmoins repris par l'église catholique lors de la contre-réforme afin de confirmer la nature dangereuse et sujette à la sorcellerie des femmes. Au final, le bleu est donc la couleur de la femme (symbolisme repris dans une certaine mesure par les chrétiens dans les représentations de la vierge Marie), du mystère et de l'inconstance. Cette couleur est parfaitement adjointe aux nornes qui réunissent ces trois éléments.

Le jaune – et par rapprochement le doré – est la couleur de la fertilité et de l'abondance. C'est la couleur du champ de blé prêt à être moissonné, de la pelure du sanglier de Frey et plus généralement de l'or, de la richesse abondante, et, surtout, du soleil. Il serait trop long de rappeler ici le rôle majeur de l'astre solaire dans les cultes de la fertilité/fécondité, et l'association de cette couleur avec le premier des éléments primordiaux à toute vie est à tel point évident que chercher à le démontrer, preuves à l'appui, serait futile. Cependant, de nombreux individus confondent encore le symbolisme du jaune avec celui du vert, voir même du rouge (dans sa dimension productrice). Le vert – nous y reviendrons ci-dessous – est la couleur de la nature, de ce qui est « sauvage » et se développe hors du dessein des hommes et des dieux ; le rouge est, au contraire, la couleur symbolisant la procréation réfléchie, volontaire, que ce soit pour un enfant, un poème ou autre ; le jaune, lui, symbolise l'abondance provoquée (que ce soit par les hommes – en domestiquant la nature – ou par les dieux – en contrôlant celle-ci), l'offrande, le cadeau. C'est une couleur associée à l'amitié, au partage et au respect, à la beauté et au plaisir.

Le vert est la couleur symbolisant la dimension chaotique de chaque vie, celle que ni les hommes, ni les dieux, ne peuvent contrôler. C'est la couleur du gui causant la mort de Balder, de tout ce qui rampe – les serpents sont souvent représentés en vert - et pousse sauvagement, tuant et étouffant ce qui se trouve en travers de son chemin, sans autre dessein que sa propre survie. Cependant cette destruction ou modification du milieu entraîne indirectement, dans la plupart des cas, une situation d'équilibre. Les branches d'Yggdrasill s'élèvent hautes dans les cieux, et celles-ci briseraient l'arbre universel de leur poids, si elles n'étaient pas rongées par les quatre cerfs. Pour continuer avec Yggdrasill, il est à noter que l'arbre continuerait certainement à s'élever encore plus haut chaque jour si le fourbe Nidhogg et ses suivants ne lui écorchaient les racines. L'arbre est aussi attaqué par la pourriture, mais il tient bon et conserve son équilibre à travers les millénaires. Yggdrasill possède une part de ce chaos naturel dont je viens de parler : c'est sa croissance continue et démesurée ; mais, attaqué par d'autres forces de ce chaos, il se crée finalement un équilibre solide et persistant. Si je viens d'énumérer ces différents exemples, c'est pour insister sur le fait que le vert ne symbolise pas un chaos absolument destructeur, mais un chaos naturel nécessaire parce qu'à la base de tout équilibre se retrouvant dans la nature. Le vert est donc la couleur de la nature sauvage et préservée de l'influence directe de l'homme, contrairement au jaune incarnant la nature domestiquée.

Le blanc n'est pas une couleur à proprement parler, mais il était considéré comme tel par les anciens, et son symbolisme est à tel point intéressant qu'il serait aberrant de le négliger. Le blanc est issu de la superposition de toutes les couleurs, il incarne par ce fait l'équilibre tout puissant, le « Graal » des nordisants. Cependant ce n'est pas la « couleur » de l'immobilisme ou du calme ; cet équilibre ne s'obtient que par la lutte constante et acharnée entre les forces du chaos et celles de l'ordre. Inutile de préciser que cette « couleur » est à rejeter pour la méditation ou la réflexion.

Le noir symbolise à la fois la naissance et la destruction ; la création à partir de rien, du néant, et l'anéantissement le plus total. C'est une « couleur » aux pouvoirs considérables à n'user que si l'on est certain de ce que l'on veut obtenir. Il représente Ginnugagap, le néant originel empli de magie et d'énergies primordiales.

 

L'amour et la sexualité

Il est nécessaire que je traite ici le sujet de la sexualité, car ce dernier est souvent négligé, écarté ou déformé par la plupart des païens baignant dans une influence chrétienne ou même anti-chrétienne. Depuis des siècles, les chrétiens ont fait du sexe un objet du mal, et beaucoup de païens actuels ont du mal à se défaire de cette image négative, de ce tabou ridicule. Mais avant de continuer, il est une chose importante, voir nécessaire, que tu dois comprendre : le sexe et l'amour vont de paire. Bien entendu, nous avons pu observer, au cours de l'histoire, différents rituels sexuels plus ou moins sérieux, comme le Hiéros Gamos ou encore les pratiques agricoles telles que le coït dans un champ censé amener la fertilité des cultures (pratique qui perdura jusqu'au 18ème siècle dans certains pays scandinaves), mais l'acte sexuel, telle que nous le percevons de nos yeux de païens modernes, est un acte intime et amoureux. Tout païen proposant des rituels sexuels entre couples éphémères, ou sous la direction d'un prêtre quelconque, ne fait qu'appliquer ses fantasmes vicieux et personnels, et ne peut en aucun cas prétendre agir en vertu de nos dieux ou de nos valeurs.

Tout d'abord, l'une de nos vertus les plus fondamentales est la loyauté, la fidélité. Cette vertu implique au païen de ne jamais trahir la confiance de son ou sa partenaire une fois le serment d'amour prononcé (voir « Union Naturelle »). Aucune pratique sexuelle n'est à priori écartée par le paganisme (sauf, bien entendu, la pédophilie et le viol) dès le moment où les deux partenaires sont librement consentant pour les mettre en application. Le sexe n'est donc pas un tabou, mais il reste l'affaire du couple, sauf si les deux partenaires consentent librement à s'accorder une certaine liberté sexuelle. Les diverses déviances pseudo païennes telles que la « magie sexuelle » entre inconnus, ou simplement entre non amoureux, les rituels sexuels à plus de deux ou bien allant à l'encontre du consentement de l'un des deux partenaires, sont à bannir strictement. L'acte sexuel en lui-même est quelque chose de magique (dans tous les sens du terme) et il est absolument grossier de vouloir le transformer en vulgaire objet de pratiques ésotériques déviant de toute réalité spirituelle. Les pratiquants de ce genre d'artifices oublient vite que l'amour est la source de l'une des plus grande magie qu'il soit, et que parvenir à accorder deux orgasmes simultanément chez un couple non amoureux libère autant, si pas moins d'énergie, qu'un simple baiser d'amoureux.

Si le monothéisme a fait de l'amour une faiblesse, il restera toujours une force à nos yeux de païens. L'amour est un don des dieux pouvant transformer un homme en héros, mais il peut aussi en faire un lâche s'il est mal appliqué. Le païen ne doit jamais oublier ses vertus, encore moins lorsqu'il est amoureux. En appliquant ses vertus et en profitant de l'amour qui lui est accordé ou non, un païen est capable de grande magie, le plus souvent sans qu'il ne s'en rende directement compte. Pour aucun prétexte il ne doit abuser de ces pouvoirs, car un trop grand bonheur, tout comme un trop grand malheur, déstabiliserait l'équilibre sacré et serait source de chaos pour le païen considéré. Un chagrin d'amour est un lourd moment de tristesse pour un individu – et cela quelle que soit sa religion – mais le païen ne doit jamais voir en cela une fin inévitable et effacer la tristesse de son cœur en quête d'un bonheur nouveau.

Les trois serments du couple:

Les couples païens sont encore rares de nos jours, mais leur nombre augmente de jour en jour si bien qu'il est tout à fait possible que ce que je vais écrire ici te concernera dans un avenir plus ou moins proche. Certains rituels païens ont été copiés et repris par les monothéistes, mais les nôtres sont plus sincères, plus proches de la nature et des dieux. Un couple païen connaît en règle générale trois étapes, trois rituels, au cours de sa vie. Ces rituels doivent être mûrement réfléchis et ne surtout pas être pris à la légère, car ils établissent des liens sacrés et des serments dont le non respect serait une source profonde de chaos. Ces trois rituels sont l'union naturelle, l'union morale et l'union religieuse.

L'union naturelle

Ce rituel se déroule durant l'acte sexuel, les deux amants étant parfaitement au courant de sa signification et de sa nature. Il ne peut avoir lieu lors du premier rapport et ne peut être fait avec un préservatif, car les fluides corporels des deux amants doivent se mêler en même temps que leurs énergies. Dès lors que les deux amants sont prêts, l'un dans le corps de l'autre, l'un d'eux commence le serment :

Moi, XXX du clan XXX je te fais serment de fidélité, d'amour et de protection devant les ancêtres ; qu'ils soient témoins de mes paroles, qu'ils me guident sur le chemin de la loyauté et m'empêchent à jamais de m'y écarter.

Ensuite, l'autre reprend ces paroles, puis les deux amants doivent continuer leur rapport jusqu'à l'orgasme.

Si l'idée d'un tel rituel te choque, alors c'est que tu n'y es pas encore préparée. Prends le temps d'y réfléchir, tu ne dois surtout pas te presser d'accomplir cette union. Autrefois, ce rituel (qui n'était pas obligatoire, je précise, et qui ne l'est pas non plus aujourd'hui) était consacrée par le marteau d'un Godhi ou d'une Gydhia, le plus souvent en plein air et debout, d'où la similitude avec le Hiéros Gamos méditerranéen.

L'union morale

Une fois que le couple est absolument certains des liens affectifs - et autres - qui le lient, les deux amants peuvent alors accomplir l'union morale. Cette union est, en fait, une promesse mutuelle de mariage, semblable aux fiançailles contemporaines. Chaque amant doit offrir un objet « précieux » à l'autre et lui promettre sur cet objet, devant les esprits, de le suivre jusqu'au mariage. Ce serment rompt naturellement le premier qu'il faut alors renouer. Mais certains couples peuvent opter également pour une large liberté sexuelle de chaque partenaire jusqu'au mariage, et donc ne pas renouer le serment de fidélité. Toutefois, les deux partenaires doivent être consentants, sinon aucun serment n'est valide ni même possible. L'objet offert n'est pas forcément un anneau, il peut s'agir d'un autre bijoux ou d'un objet tout à fait différent. C'est sur cet objet que repose le serment, il convient donc de le conserver précieusement et de ne jamais le perdre, auquel cas le serment serait rompu.

L'union religieuse

L'union religieuse ne peut avoir lieu directement après l'union morale, et un hiver de délai est au minimum nécessaire pour qu'elle soit accomplie. L'union religieuse est le mariage à proprement parler, c'est la seule cérémonie où les invités sont conviés et participent activement au rituel.

La cérémonie d'union religieuse - ou le mariage - doit se dérouler préférentiellement en plein air et si possible à l'ombre ou à proximité d'un sous bois. Le site devra être aménagé à l'avance par les soins des deux amants, avec respect et attention portée au milieu naturel, et il devra également être quelque peu éloigné du lieu du banquet, afin de ne pas confondre les différentes énergies. Trois arches devront être disposées à égales distances sur un cercle délimité de vasques d'eau et de torches. Lorsque les deux amants parviendront au lieu de la cérémonie, chacun entrera dans le cercle par une arche différente de l'autre, et à la fin du rituel, ils devront sortir ensemble par la dernière arche, ce qui symbolise la rencontre de leurs destinées et l'enlacement de celles-ci sur la toile du Wyrd. Certains objets seront également nécessaires pour le rituel ; il s'agit des anneaux nuptiaux sur lesquels les amants tiendront leur serment, d'une grande corne à boire et de deux épées (pouvant être remplacées par d'autres armes ou objets précieux, suivant les choix et préférences du couple). La cérémonie doit être menée par un Godhi et une Gydhia.