|
Mémoires d’un luciférien, ou les évangiles d'un païen
Paris, un jour incertain et contemporain, automne de l'an de grâce 2006…
Le rêve passe, la vie s'écoule, et j'essaye toujours de façonner l'indicible. Est-ce là mimer les dieux, mais c'est comme cela, depuis que j'ai pris conscience du néant de nos existences, de la petitesse de nos appétits, de la médiocrité de nos actes, de notre mesquinerie consubstantielle même dans nos fautes, de l'infini larvaire qu'est devenu le zoo humain.
Peut-être faut-il encore préférer le rouge et le noir, les crépuscules flamboyants, le péché orgiaque, la grandeur quoi, dans un monde qui, de l'aveu de Nietzsche notre grand maître incontesté, ne sait même plus se mépriser.
Face à moi la petite lucarne débite un monologue interminable, les mêmes platitudes convenues, sur fond de geignardise roublarde, de misérabilisme hypocrite, d'hystérie bien pensante, de puritanisme mercantile, d'hébétude généralisée … Le dernier homme n'est pas loin, vous savez !.
Aussi vais-je vous décrire le rêve des dieux morts, anciens, effrayants et magnifiques à la fois, appel des profondeurs, incitation au rêve créateur, fantastique, plus que réel, surnaturel….
Il était une fois…. Oui, il était une fois, mais pas de princesse version oie blanche avec prince consort, tout droit sorti d'une gravure de mode, avec une histoire pour tabloïds, où se conjuguent toute la bêtise petite bourgeoise et la névrose catholico - sulpicienne.
Non, il était une fois des dieux terribles, des destins tragiques, des passions effrénées, des désirs inavouables, des énergies titanesques, des accouchements difficiles, de rudes combats, des morts héroïques, d'autres plus anonymes, bref il était une fois ce tourbillonnement qu'est la vie et c'est ce que je m'en vais vous narrer… Il était donc une fois la vie, avec ses turgescentes pulsions, et la mort, qui n'est que l'entropie, la rigidité cadavérique, la souffrance inutile d'acteurs vains. La puissance d'un côté, c'est-à-dire la culture du plus en nous, de l'exubérance titanesque, sa « vibrance », rayonnante énergie et force d'affirmation, et le pouvoir, ses hommes en noir, doctes médecins du néant et roides scribes et serviteurs de la mort. Leurs armes, la peur, la bêtise, la méchanceté, surtout parée de « douces vertus », la vanité sans la fierté, la sécheresse, la dureté et l'égoïsme sans le courage, la pusillanimité, la lâcheté… il me faudrait une éternité pour vous conter ce combat acharné depuis des millénaires, et pour cela se souvenir….
Peu importe mon nom dans le monde moderne, mais il m'arrive de rêver de Dracula, fils présumé et putatif du diable, dont la tragique et cruelle épopée inspirèrent un écrivain (Bram Stocker) ainsi qu'un cinéaste (Francis Ford Coppola) fantastiques dans tous les sens du terme, héritier du sang inaltérable d'Attila, de Gengis Khan, de Vlad Tepes, de Tamerlan et du baron Ungern von Sternberg. C'est dire si mes rêves sont effrayants et mes réveils dans la morne réalité du quotidien pénibles. Tout dans mon existence ne fut que tension, entre vieille Europe et Asie, entre désir faustien et tradition, entre générosité et dureté, entre sacrilège et sacré.
Mais vous ne croyez en rien, me disent les gens pressés, vous n'avez donc point de foi ? Au fait, de foi ou de foie ? me demandent les imbéciles hagards..
Bien au contraire, leur répliquai-je … Pour croire, il me faut devoir croire, disait Castanéda, c'est à dire, en estimant qu'un doute rationnel est toujours probant ou possible, que la volonté même de l'acte de foi fait foi en quelque sorte, puisqu'elle contribue à ranimer la force de la croyance …. Cela est … parfaitement luciférien … Oui, car Odin/Lug, transformé en Lucifer par les chrétiens, est porteur de lumière, lumière nourrie par la volonté des hommes, ou plutôt la volonté de volonté, qui en est la matrice, comme aurait dit le grand Nietzsche. Telle est la vraie foi.
Mais vous n'avez donc pas de cœur, point de valeurs, se récrieront nos prudes bourgeois ?
Je crois bien au contraire que la charité doit rester discrète tout autant que magnanime, car elle rétablit un équilibre détruit par l'injustice faite à tel ou tel, sinon elle insulte celui qui en est l'objet. En d'autres termes, la compassion est une attitude de guerrier tout à fait respectable, alors que la charité " business – spectacle" d'aujourd'hui une abomination obscène, ce que ne comprennent toujours pas nos contemporains imbéciles..
Je crois, mais d'autres l'ont constaté et dit avant moi, que bonté sans force n'est rien, que force brutale sans justice n'est également rien .. Toutes deux n'engendrent au demeurant que le néant, le chaos. Au demeurant, contre le pseudo détachement des néo-bouddhistes à la mode libérale – social médiocrate (en clair nos indécrottables "bobo"), je prêcherai plutôt la démesure, la colère.
Je crois que l'âme n'est point une évidence morale, mais une réalité énergétique autant que spirituelle, un noyau matriciel originel de tout un chacun, que nous sommes tous libres de développer ou de laisser s'atrophier. Certains shamans possèderaient, paraît-il, plusieurs âmes.
Je crois que l'essence divine unique du monde n'empêche ni ne contredit la multiplicité des déités, puisqu'un Dieu tout puissant peut s'incarner en mille et une facettes de dieux, dont certains incompréhensibles à nos sens, mais demande – t- on à l'insecte d'avoir la vision de l'aigle, n'est-ce pas ?
De l'initiation ou la puissance de l'imaginaire La puissance du mental
On prête habituellement à Einstein l'idée selon laquelle l'homme « normal » n'utilise qu'une infime partie de ses potentialités. De fait, le mythe des pouvoirs secrets ou supra normaux trouve depuis toujours une certaine audience : de la pensée constructive à la bonne vieille méthode Coué, de nombreux ouvrages proposent à un public averti des recettes éprouvées et mettent à juste titre la pré éminence de nos représentations mentales sur le déroulement de notre destin.
C'est précisément dans un contexte de réaffirmation de soi que se sont inscrits les différents courants d'ésotérisme ou d'occultisme. En premier lieu à la Renaissance, où la sorcellerie des campagnes, résurgence populaire d'un vieux culte païen de la Déesse Mère (les sorcières de cette époque étaient les ancêtres lointains de nos actuelles Wiccans), se conjuguait avec les recherches alchimiques et médicales. D'autre part au cours du 19ème siècle et du 20ème, un fort courant ésotérique s'inscrit dans une démarche romantique de rejet du rationalisme et du matérialisme bornés de la bourgeoisie triomphante, issue des lumières du siècle précédent (notons toutefois que le 18ème siècle vit la renaissance embryonnaire d'un courant druidique en Angleterre, à la faveur de la création de la maçonnerie de rite écossais).
En fait, à la rectitude corporelle devrait en principe correspondre, outre une rigueur morale, une rectitude de la pensée, autrement dit une pensée juste. On ne dira jamais assez que les vrais pouvoirs occultes sont ceux que l'on acquiert sur soi même.
Dans ce contexte, toute démarche préliminaire consiste en une affirmation de la volonté, sans crispation (volonté ne signifiant nullement rigidité), et même de la volonté de volonté, comme le suggérait le philosophe Frédéric Nietsche.
Or, nul n'a le mieux illustré la magie du verbe que le docteur Emile Coué, lequel faisait répéter à ses patients, à Nancy, certaines phrases clés, destinées à améliorer leur guérison, du genre « tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux ».
Il est de bon ton dans les milieux pseudo intellectuels de se gausser de la technique du docteur Coué, alors que la suggestion, tant verbale que visuelle, est précisément une des caractéristiques fondamentales de la société du spectacle : pour s'en convaincre, il suffit de considérer le rôle et la place de la publicité, forme omniprésente la plus élaborée, perverse, abêtissante et insidieuse, d'hypnotisation et de manipulation des masses.
Pourtant que disait, en résumé, le docteur Coué ?
· Ce n'est pas tant la volonté que l'imaginaire, fruit de notre inconscient, qui façonne notre caractère et notre comportement
· Plus on fait des efforts conscients violents pour se corriger de certains défauts, plus on les accentue, par un effet pervers, en application de la loi de l'effort inversé prônant la prépondérance de l'imagination sur la volonté
· Que ce soit pour améliorer certaines qualités ou accélérer des processus de guérison, l'imagination doit être « travaillée » par une répétition consciente et réitérée d'idées forces résumées en phrases brèves, concises et claires.
Pratiqués parallèlement et de manière soit alternative soit simultanée avec l'autosuggestion, les procédés de visualisation consistent à imaginer de façon volontaire un événement que l'on souhaite voir se réaliser et, peut être utilisée indifféremment à l'amélioration personnelle comme dans la résolution de problèmes plus concrets : ainsi un travail de visualisation de l'énergie circulant dans le système musculaire pourra utilement être exécuté avec la répétition d'affirmation de force et la sensation de plénitude acquise par la conviction que les muscles se développent et se dessinent. Ceci étant, toutes ces techniques ne dispensent pas des efforts concrets ou matériels : il ne suffit pas de se répéter que l'on est fort pour l'être dans la réalité sans entraînement sérieux, ni d'espérer la réussite sans travail, effort et persévérance.
Le retour des Dieux
Un jour, un prêtre orthodoxe serbe m'indiquait que la prière était semblable à la nécessité pour un petit village de s'approvisionner en énergie auprès d'une centrale hydroélectrique car, disait-il, Dieu est semblable à une source inépuisable d'énergie. Cette remarque vaut quelle que soit la forme adoptée de spiritualité, sachant que s'il y a un principe intangible d'énergie cosmique, appelé Dieu, ses manifestations dans le monde sensible prennent la forme des Dieux de l'Olympe ou du Walhalla.
Les dieux sont ancrés dans notre imaginaire au plus profond des nous-même. Ils sont ces forces cosmiques et correspondent, ainsi que l'a fort bien démontré le psychanalyste CG Jung, aux archétypes fondamentaux (surtout pour comprendre la psyché indo- européenne ou aryenne).
Les dieux ne sont pas dans un arrière monde, ils sont là, partout où l'on sait voir et comprendre, dans un magnifique paysage, dans le sourire d'un être aimé, dans le rire d'un enfant, dans la grâce d'une femme, dans la majesté d'un arbre, dans la puissance de l'acier, mais aussi dans la force du clan qui soutient le guerrier dans l'adversité….
Invoquer les dieux signifie donc faire appel à ces forces, d'une part par des techniques d'intériorisation et de souffle (ou pneuma chez les Grecs anciens, l'inspiration étant un moment de la respiration) permettant de rechercher au plus profond de soi-même une énergie quand on sent que tout est défaillant autour de nous, d'autre part par quelques rituels simples et appropriés aux lieux, afin de faire appel aux forces des éléments : le feu, l'air, l'eau, la terre….
Retrouver la figure des dieux signifie aussi se plonger dans la mémoire de nos peuples pour en retrouver l'essence mythologique, l'esprit des anciens, la geste héroïque des guerriers antiques, se réapproprier les mythes fondateurs de l'Europe, bref enraciner notre existence actuelle dans le passé pour mieux conquérir le futur.
Dans ce contexte, il n'y a pas de véritable « secret initiatique », ni de dogme absolu, ni préchiprécha, ni de simagrées pharisiennes qui tiennent la route. Seule la recherche lucide, consciente et personnelle constitue la clé du Graal, quête infinie et ascèse intérieure, à l'instar de celle des preux compagnons du roi Arthur, prière éternelle d'aide demandée aux dieux, surtout dans un univers désincarné et désenchanté où seule la désespérance comme le nihilisme tiennent lieu d'art de vivre.
C'est dans ce cadre que la notion de méditation prend tout son sens, car de par ses origines étymologiques (méditare signifie retour en son milieu) elle se rapproche du recueillement, d'un recentrage qui permettra ultérieurement la cristallisation et le jaillissement de la force intérieure de chacun : il en est notamment ainsi de la force créatrice des artistes hautement inspirés tels Wagner (ouvertures), Carl Orff (les Carmina Burana), Richard Strauss (symphonie alpestre), Rachmaninov (l'île aux morts), Stravinsky (le sacre du printemps), Prokofiev (Alexandre Nevski), et de bien d'autres encore…
L'audition de morceaux de musique classique ou traditionnelle pourra ainsi s'avérer fructueuse et permettre de s'élever vers d'autres mondes, d'autres cieux ..
Il conviendra sans doute, au cours des séances méditatives, de laisser de côté les interrogations futiles et préoccupations mesquines du quotidien, ce que les mystiques, les magiciens ou les shamans appellent "abandon de l'égoïté", car aucune perception subtile du divin n'est possible sans cette précaution. L'ego est en fait façonné par les stupidités et le conditionnement systématisé de ce que les bons auteurs du 19ème siècle et du début du 20ème stigmatisaient sous le nom de morale "bourgeoise", fondée sur le calcul, la mesquinerie, le conformisme bêlant, la lâcheté pathologique, la petitesse d'âme, pour aboutir finalement au dernier homme de notre époque déboussolée (précisons au demeurant que cet état d'esprit concerne aujourd'hui pratiquement tout le monde, toutes idées politiques et classes sociales confondues..).
Or, la perception mystique se situe la plupart du temps aux antipodes des convenances bourgeoises, de la bienséance, du "qu'en dira-t-on", du pharisaÏsme et du faux sérieux caractérisant les pompeux pédants et les baudruches. Nous préférons, comme Nietzsche, rire avec Dionysos ou les Dieux du Walhalla, plutôt qu'une morne austérité contrite et hypocrite.
Nous préférons en effet une attitude dionysiaque à des postures fausses et pharisaïques, car le chaman, ou le druide, sont des êtres de force, de lumière, généreux, sensibles mais capables de dureté, intérieurement déchirés mais toujours prompts à l'altruisme, pacifiques mais d'une terrifiante bravoure en cas de danger, bref, le contraire du petit bourgeois sulpicien, recentré sur son nombril, son hédonisme et sa médiocrité existentielle…
Imaginez au contraire une source inépuisable d'énergie venant vivifier votre vie, votre âme, vous donner une force spirituelle invincible et surhumaine, vous guider par la voie de ses Dieux (Thor pour la puissance physique, Wotan et Tyr-Teutates les tous puissants pour le charisme, Fraya pour vos amours, Epona pour votre famille, etc. …) et laisser tomber les raisonnements par trop "raisonnables", laisser tomber le sens commun que l'on confond un peu trop souvent avec le bon sens, les vraies fausses évidences. Cette source vous conduira en toutes choses et vous permettra de réaliser pleinement votre potentiel, comme votre destin.
Dans ce contexte, la visualisation des runes peut s'avérer utile au cours de vos méditations : chaque rune porte la signature d'un Dieu, se présente comme une porte ouverte dans un monde onirique, un autre espace-temps, mais est également un pont entre le corps (tel est le sens du Yoga runique), le verbe et sa transcription scripturale, et l'Olympe. Au commencement était le verbe, dit la Bible, ce qui est également vrai pour les traditions païennes indo-européennes…Au commencement était également la musique, celle des mots, des sons, de la voix, comme des instruments, pont entre le corps et l'âme ou l'esprit.
Pour le reste, sachons qu'après la "volition", il faut savoir recevoir, en d'autres termes se laisser guider par son Dieu ou esprit protecteur, lequel sait, bien mieux que tout raisonnement fallacieux, nous guider…
Tel est le seul et unique secret du véritable chamanisme européen, pour lequel il n'est, hormis une volonté farouche, persévérante, allié à un instinct sûr et infaillible, ni maître, ni gourou, mais la seule expérience personnelle et lucide pour percer le secret des Dieux…..
Dragan Bathor, alias Pierre-Jean Bernard.
|