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Les Guerriers runiques
Pour
commencer je tiens a vous signaler que jusqu'aux périodes de
décadence née de l'accumulation de biens,
l'Indo-Européen se contentait de l'essentiel. Le
commerçant s'est toujours trouvé en bas de
l'échelle, alors que les guerriers se trouvaient en haut. Un
signe des temps modernes et de la
« dévaluation » des valeurs est que le
commerçant a été justement hissé au sommet
de la pyramide… Tout ça pour vous dire que les Guerriers
avaient une place de grande importance.
Les Guerriers runiques
Texte tiré du livre « Runes et Magie » de Nigel Pennick, Editions L'Originel
La
magie runique naquit dans de rudes conditions. Pour les
communautés isolées, la vie était un combat
permanent contre un environnement hostile. Les gens qui vivaient dans
ces conditions cultivaient l'indépendance et savaient faire
appel efficacement à ces réserves de forces humaines
phénoménales qui demeurent généralement
inexploitées aujourd'hui. La spiritualité de la Tradition
nordique préserve cette connaissance, et elle est donc
présente dans le runelore.
Par le passé, si
quelqu'un voulait connaître le succès dans les arts de la
chasse ou du combat, alors il ou elle devait entreprendre un
entraînement strict visant à développer tous les
aspects du contrôle de soi. Aujourd'hui, ces techniques sont
connus à la fois dans le chamanisme moderne et dans les arts
martiaux, combinant de développement physique avec la magie et
la psychologie. De nombreux exemples apparaissent dans les traditions
héroïques des sagas irlandaises et germaniques et du cycle
arthurien. D'anciens récits de l'art des guerriers montrent que
les exploits de ces artistes martiaux étaient bien autre chose
que de simples actes incontrôlés de maniaques
enragés. Ils nous disent que ces hommes étaient des
experts qui étaient passés par une préparation
sophistiquée physique, spirituelle et magique. En cela, ils sont
comparables aux représentants modernes des arts martiaux
orientaux. Comme eux, les maîtres des arts nordiques
étaient capables d'extraordinaires prouesses de force et
d'endurance.
Les meilleurs
témoignages conservés de ces techniques nous viennent de
l'âge viking. C'était une époque de haute magie
runique. A cette époque, la tradition guerrière
était divisée en trois « clans » ou
cultes principaux, chacun nommé d'après un animal
puissant : le loup, l'ours et le sanglier sauvage. Les guerriers
du culte du loup étaient connus sous le nom d' ûlfhednar ,
et ils portaient des peaux de loups au-dessus de leurs cottes de
mailles, combattant séparément à la manière
d'une guérilla, tendant des embuscades à leurs ennemis.
Les guerriers du culte de l'ours – les bersekkrs
– sont les mieux connus aujourd'hui. « Ils
combattaient sans broigne, tels des chiens ou des loups
enragés », dit la Saga des Yglingar, « Ils
mordaient leurs boucliers et possédaient la force d'un ours ou
d'un taureau. Ils massacraient leurs adversaires et ni le fer ni le feu
n'avaient prise sur eux. C'est ce qu'on appelle la « furie
du bersekkr ». L'expression « aller comme un
bersekkr » est encore utilisée pour décrire un
comportement enragé accompagné d'une force presque
surhumaine. C'était bien l'attitude du guerrier bersekkr, qui
allait au combats sans peur, en portant une
« chemise » en peau d'ours à la place de
l'habituelle cotte de mailles. Les bersekkrs étaient connus pour
leur force exceptionnelle et leur férocité, semblable
à celle d'un ours enragé. De par son lien chamanique avec
l'ours, le guerrier attirait magiquement en lui la force de l'animal.
Comme démonstration de ses aptitudes extraordinaires, le
bersekkr pouvait rester assis vêtu du strict minimum, voire
carrément nu, dans la neige en hiver, sans ressentir la morsure
du froid ni souffrir de maux. C'était la « chaleur
du bersekkr ». La force de l'ours était acquise lors
de l'initiation du berskkr, dont on trouve un exemple dans la Hrolfs Saga Kraki .
Au cours de la cérémonie, l'aspirant bersekkr devait
« tuer » rituellement l'image de l'ours. S'il y
parvenait, le guerrier devait alors boire son sang. A cet instant, le
pouvoir de la bête se répandait dans le guerrier, qui
devenait ainsi bersekkr. Au cours de son initiation, celui-ci obtenait
encore d'autres pouvoirs magiques dont l' Hamrammr (pouvoir de métamorphose). L' Hamrammr
prenait deux formes – la première agissait sur la
perception. Naturellement, ces pouvoirs étaient d'une grande
utilité au combat. Le troisième culte était celui
des Svinfylkingar , les guerriers- sangliers. Au combat, ils utilisaient la formation que l'on appelait la Svinfylking
(la tête de sanglier). Il s'agissait d'un groupe de guerriers
avançant en forme de coin, sous la conduite de deux champions,
appelés Rani (groin). Le guerrier- sanglier
était un maître du déguisement et de la fuite. Une
connaissance détaillée du terrain et de l'environnement
était pour ce guerrier une seconde nature.
Jusqu'aux derniers temps du
Moyen-Age, il n'y eut pas de guerrier professionnel n'utilisant pas
quelque forme de magie. La magie assistait sa formation, ses armes
et ses techniques de combat. Plusieurs sagas norroises nous parle de
cette magie. Par exemple, la Hardar Saga décrit l'usage de l' Herfiottur ( Lien-de-l'Armée) magique, un charme liant qui entraînait la perte de force de l'ennemi et sa paralysie. Le Flateyjarbok
évoque l'emploi de magie au cours de la bataille de Fyrisvellir,
en Islande (960 EC). Eric, roi de Suède, invoqua Odin pour
l'aider, et peu après, il rencontra un homme de haute taille
avec un capuchon sur son visage. Celui-ci donna à Eric une fine
baguette runique et lui dit de la projeter au-dessus de l'ennemi quand
la bataille commencerait. « Quand il l'eut
lancé », raconte le Flateyjarbok ,
« il lui apparut sous la forme d'une lance fendant les
aires, et elle survola l'armée de Styrbjorn. Au même
moment, les hommes de Styrbjorn devinrent aveugles, puis ce fut le tour
de Styrbjorn lui-même. Puis un phénomène
extraordinaire survint, car une avalanche descendit du flanc de la
montagne, et bouscula l'armée de Styrbjorn, tuant tous ses
gens. »
Cependant, une fois que les
armes à feu entrèrent en action, les arts martiaux et
leur magie perdirent leur ancienne importance, bien qu'ils ne furent
pas oubliés. Ils furent pratiqués en matière
d'autodéfense dans la Hollande du XVII ème siècle,
et survécurent jusqu'à une époque récente
en France dans les techniques de la savate et de la canne (ou
bâton). Mais, avec le déclin des arts martiaux, de
nombreuses techniques magiques s'effacèrent de la mémoire
et commencent à peine à être retrouvées et
restructurées. Les techniques liées à la magie de
la chasse et du tir ( tir à l'arc, au fusil…) ont
toutefois perduré jusqu'à une époque
récente.
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